Livres italiens traduits en allemand entre 2024 et 2025
Auteur: Susanne Danz, Université catholique d'Eichstätt-Ingolstadt
Eichstätt University Library
Susanne Danz est professeure de mathématiques. Depuis 2015, elle est titulaire de la chaire d’algèbre à l’Université catholique d’Eichstätt-Ingolstadt. Elle est également passionnée par la littérature italienne et étudie depuis 2023 la philologie italienne, toujours à Eichstätt.
Si un voyageur se rendait un jour d’hiver dans les librairies allemandes, quelles œuvres d’auteurs italiens découvrirait-il sur les étagères ? Selon les données du portail « Statista », en 2024, pas moins de 250 titres italiens ont été traduits en allemand, ce qui représente une offre extrêmement large et variée. Inévitablement, notre aperçu des livres italiens retraduits ou traduits pour la première fois en allemand et publiés au cours des deux dernières années ne peut donc être exhaustif.
En 2024, l’Italie était le pays invité d’honneur de la Foire du livre de Francfort, un événement qui a eu des répercussions favorables sur la réception de la littérature italienne en Allemagne. Parmi les livres des dizaines d’auteurs et d’autrices présents à la foire, on trouve par exemple Il vento soffia dove vuole (2023) de Susanna Tamaro (Der Wind weht, wohin er will, trad. : Thomas Stauder, Nagel & Kimche, 2024), Cassandra a Mogadiscio (2023) d’Igiaba Scego (Kassandra in Mogadischu, trad. : Verena von Kosche, Nagel & Kimche, 2024) et Thomas Stauder, Nagel & Kimche, 2024), Il cuore non si vede (2019) de Chiara Valerio (Kein Herz, nirgends, trad. : Christiane Burkhardt, nonsolo, 2024), Il colibrì (2019) de Sandro Veronesi (Der Kolibri, trad. : Michael von Killisch-Horn, Zsolnay, 2024), Giù nella valle (2023) de Paolo Cognetti (Unten im Tal, trad. : Christiane Burkhardt, Penguin, 2024), Café Royal (2023) de Marco Balzano (Café Royal, trad. : Peter Klöss, Diogenes, 2024), Piedi freddi (2024) de Francesca Melandri (Kalte Füße, trad. : Esther Hansen, Wagenbach, 2024), Pudore (2024) de Maddalena Fingerle (Mit deinen Augen, trad. : Viktoria von Schirach, Luchterhand, 2025) et le roman historique sur le juge Giovanni Falcone Solo è il coraggio (2022) de Roberto Saviano (Falcone, trad. : Annette Kopetzki, Hanser, 2024).
Depuis les années 1960, les prix littéraires sont devenus en Italie un outil essentiel pour la promotion des livres, y compris au niveau international. À titre d’exemple, les livres de Valerio et Veronesi mentionnés ci-dessus étaient en lice pour le Prix Strega 2020, qui a finalement été remporté par Veronesi. À ces deux titres s’ajoutent Come d’aria (Prix Strega 2023) d’Ada d’Adamo (Brief an mein Kind, trad. : Karin Krieger, Eisele, 2024) et Nessuna parola dice di noi (candidat au Prix Strega 2022) de Gaia Manzini (Für uns gibt es keinen Namen, trad. : Barbara Kopetzki, Hanser, 2024), Due vite (Prix Strega 2021) d’Emanuele Trevi (Zwei Leben, trad. : Christiane Burkhardt et Janine Malz, Freies Geistesleben, 2024), L’età fragile (Prix Strega 2024) de Donatella Di Pietrantonio (Die zerbrechliche Zeit, trad. : Maja Pflug, Kunstmann, 2024) et L’anniversario (Prix Strega 2025) d’Andrea Bajani (Der Jahrestag, trad. : Maja Pflug, Nagel & Kimche, 2025).
Il convient de noter que toutes les traductions mentionnées ci-dessus ont été publiées quelques mois, voire quelques années au maximum, après la sortie des éditions italiennes correspondantes, ce qui prouve que le marché germanophone est extrêmement attentif à la littérature italienne contemporaine.
Parmi les éditeurs germanophones, les éditions nonsolo, fondées en 2017 dans le but précis de promouvoir le livre italien en Allemagne, jouent un rôle important. L’éditeur indépendant Wagenbach est également une véritable institution dans le domaine de la littérature italienne, espagnole et française en Allemagne depuis plus de soixante ans.
S’il est vrai que la littérature italienne contemporaine, en particulier la fiction, est très bien accueillie par le public germanophone, les grands classiques suscitent également beaucoup d’intérêt. L’une des maisons d’édition spécialisées dans ce domaine est Manesse, fondée en 1944 à Zurich et appartenant aujourd’hui au groupe d’édition Penguin Random House, basé à Munich. Récemment, Manesse a réédité le classique par excellence, à savoir la Comédie de Dante, dans une traduction en prose (Die göttliche Komödie. Neuübersetzung in Prosa, traduction, commentaire et postface : Rudolf Georg Adam, 2024).
De plus, à l’occasion du 650e anniversaire de la mort de Giovanni Boccaccio, Manesse a publié l’Élégie de Madonna Fiammetta (Die Klage der Madonna Fiammetta, traduction : Franziska Meier et Jochen Reichel, 2025) et le Décaméron (traduction et commentaire : Luis Ruby, avec une postface d’Ijoma Mangold, 2025) ; une édition spéciale de seulement 500 exemplaires destinée aux collectionneurs a également été publiée pour ce dernier ouvrage. Un recueil bilingue de 54 sonnets de Boccace, sélectionnés et traduits par Christoph Ferber, figure dans le catalogue de Dieterich’sche Verlagsbuchhandlung (Auf einer Wiese, rings um eine Quelle. Sonette Italienisch-Deutsch, postface de Franziska Meier, 2025). Enfin, Il Filocolo, souvent considéré comme le premier roman en prose écrit en italien vulgaire, a été proposé (Filocolo oder Die verschlungenen Wege der Liebe, trad. : Moritz Rauchhaus, Die Andere Bibliothek, 2025). Les traductions de la comédie La Mandragola de Niccolò Machiavelli (Mandragola, trad. : Ludger Scherer, Reclam, 2024) et la première édition complète en allemand du Zibaldone di pensieri de Giacomo Leopardi, dont le premier volume est paru en 2024 (Zibaldone. Die Gesamtausgabe I, trad. : Daniel Creutz, postface et commentaire : Franco D’Intino, Matthes & Seitz), sont également remarquables. (Zibaldone. Die Gesamtausgabe I, trad. : Daniel Creutz, postface et commentaire : Franco D’Intino, Matthes & Seitz).
En ce qui concerne la poésie, qui constitue toujours un défi particulier pour la traduction, il convient de signaler, d’une part, les éditions bilingues d’œuvres choisies, respectivement, de Giovanni Pascoli (Nester. Gedichte. Italienisch-Deutsch, trad. : Theresa Prammer, Wallstein, 2024), d’Alda Merini (Die schönsten Gedichte schreibt man auf Steine. Lyrik 1947–2009. Italienisch-Deutsch, trad. : Christoph Ferber, Dieterich’sche Verlagsbuchhandlung, 2024) et d’Alfonso Gatto (Gedichte. Italienisch/Deutsch, trad. : Gino Chiellino, Thelem, 2024). D’autre part, on remarque une édition – également bilingue – des Rime de Vittorio Alfieri (Sonette. Italienisch-Deutsch, trad. : Christoph Ferber, Elfenbein, 2024), une édition de tous les poèmes de Cesare Pavese (Klar und verlassen gehen die Morgen dahin, trad. Dagmar Leupold, Atlantis, 2024) et le recueil poétique La carne degli angeli (2003) d’Alda Merini (Das Fleisch der Engel. Meine Männer, trad. : Ulrike Schimming, matrix, 2024). Bien que Merini soit principalement connue pour sa poésie, il ne faut pas oublier son premier ouvrage en prose : dans son journal L’altra verità. Diario di una diversa (1986), l’auteure retrace la longue période qu’elle a passée en hôpital psychiatrique pour troubles bipolaires. Il n’est donc pas surprenant que la traduction ait été proposée par une maison d’édition spécialisée dans les questions de psychiatrie et d’histoire (Die andere Wahrheit. Tagebuch einer Andersartigen, trad. : Marco Grosse, Verlag Psychiatrie u. Geschichte, 2024). Quant au célèbre journal de Pavese, Il mestiere di vivere (1952), il a été publié par Rotpunkt dans une édition entièrement révisée (Das Handwerk des Lebens. Tagebuch 1935–1950, trad. : Maja Pflug, 2024).
Si l’année 2025 a rendu hommage à Boccace, on n’a pas oublié le 50e anniversaire de la mort de Pier Paolo Pasolini ni le 30e anniversaire de celle de Hugo Pratt, virtuose de la bande dessinée et créateur des aventures du marin Corto Maltese. Certaines œuvres de Pasolini déjà traduites ont été rééditées, notamment chez Wagenbach. En outre, un nouveau recueil des Dialogues parus dans les années 1970 dans l’hebdomadaire Vie nuove a été édité par Cornelia Wild (Dialoge mit Pasolini, trad. : Fabien Vitali, préface de Cornelia Wild, Wagenbach, 2025). De Pratt, on peut désormais se procurer, par exemple, la bande dessinée El Gaucho (1996), créée en collaboration avec Milo Manara (El Gaucho, trad. : Michael Leimer et Resel Rebiersch, Splitter, 2025).
D’un point de vue historique, l’année 2025 a été particulièrement significative, puisqu’elle a marqué le 80e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale et de la libération du camp de concentration d’Auschwitz. Ces événements historiques trouvent un écho dans les publications traitant du fascisme, de la Shoah, de la guerre ou de l’après-guerre. Parmi celles-ci, nous mentionnons en particulier, dans le domaine de la fiction, le roman Il bibliotecario di Auschwitz (2020) de l’historien Andrea Frediani (Endstation Hoffnung. Le bibliothécaire d’Auschwitz, trad. : Sandra Hubmann, Salon, 2024), La storia (1974) d’Elsa Morante (La Storia, trad. : Maja Pflug et Klaudia Ruschkowski, Wagenbach, 2024) et le roman autobiographique alors scandaleux La pelle (1949) de Curzio Malaparte (Die Haut, trad. : Frank Heibert, Rowohlt, 2024). Carlo Levi, dans Doppia notte dei tigli (1959), raconte son voyage en Allemagne dans les années 1950, une Allemagne qui lui apparaît pleine de contradictions. Grâce à la traduction de Martin Hallmannsecker (Die doppelte Nacht. Eine Deutschlandreise im Jahr 1958, postface : Bernd Roeck, Beck, 2024), le public allemand a donc l’occasion de porter un regard neuf non seulement sur l’auteur de Cristo si è fermato a Eboli, mais aussi sur son propre passé. La memoria rende liberi. La vita interrotta di una bambina della Shoah (2015), écrit par Liliana Segre en collaboration avec le journaliste Enrico Mentana, retrace les traumatismes vécus par Segre dans le camp d’Auschwitz (Erinnern macht frei. Das unterbrochene Leben eines Mädchens in der Shoah, trad. : Ulrike Schimming, Neofelis, 2024), tandis que dans Vita mia (2023), Dacia Mariani raconte l’histoire de l’internement de sa famille au Japon (Ein halber Löffel Reis. Kindheit in einem japanischen Internierungslager, trad. : Ingrid Ickler, folio, 2025). Il convient de noter que folio, maison d’édition indépendante du Haut-Adige basée à Bolzano et à Vienne, est devenue une référence pour la valorisation et la promotion de la littérature italienne dans le monde germanophone. Bien entendu, la production prolifique de livres sur le fascisme et la guerre comprend également des ouvrages documentaires, tels que La difficile giustizia (2016) de Marco De Paolis et Paolo Pezzino (Schwierige Justiz. Die Prozesse wegen deutscher Kriegsverbrechen in Italien 1943–2013, trad. : Walter Kögler, Wallstein, 2025), Il fascismo non è mai morto (2024) de Luciano Canfora (Der untote Faschismus. Mussolini und der fruchtbare Schoß der « freien Welt », trad. : Christel Buchinger et Thomas Hohnerlein, PapyRossa, 2025) et Fascismo e populismo (2023) de Antonio Scurati (Faschismus und Populismus, trad. : Enrico Heinemann, Klett-Cotta, 2024). De Scurati, a également été traduit M. L’ora del destino (2024), le troisième volume de la saga sur Mussolini et le fascisme (M. Das Buch des Krieges, trad. : Verena von Koskull et Michael von Killisch-Horn, Klett-Cotta, 2024).
En ce qui concerne les romans policiers et les thrillers, nous nous limiterons ici à mentionner le best-seller Il cuoco dell’Alcyon (2019) d’Andrea Camilleri (Die Mission des Kochs. Commissario Montalbano träumt vom Duft des Meeres, trad. : Rita Seuß et Walter Kögler, Lübbe, 2024) et Requiem di provincia (2023) de Davide Longo (Ländliches Requiem, trad. : Barbara Kleiner et Felix Mayer, Rowohlt, 2025).
Avant de conclure, il convient de souligner deux noms et deux livres jusqu’ici peu connus, voire totalement négligés, en Allemagne. Tout d’abord, La vigna di uve nere (1953), premier ouvrage de l’auteure palermitaine Livia De Stefani (Trauben schwarz wie Blut, trad. : Klaudia Ruschkowski, Converso, 2025). Oublié pendant de nombreuses années, même en Italie, jusqu’à sa récente redécouverte, il est considéré comme le premier roman d’une autrice italienne dénonçant le crime organisé en Sicile, huit ans avant Il giorno della civetta de Leonardo Sciascia. Converso est une autre maison d’édition allemande engagée dans la promotion de la littérature méditerranéenne. En second lieu, le Giornale di guerra e di prigionia de Carlo Emilio Gadda (Im grausamen Pandämonium der Geschichte. Tagebuch aus Krieg und Gefangenschaft 1915–1919, traduction, commentaire et postface : Katharina List, Matthes & Seitz, 2025). Ce journal a connu une histoire mouvementée et la première édition (vraisemblablement) complète n’est parue qu’en 2023 chez Adelphi, sous la direction de Paola Italia. Gadda est un auteur presque inconnu du public allemand, bien qu’il soit l’un des plus grands prosateurs italiens du XXe siècle et que sa captivité l’ait tragiquement lié à l’Allemagne. Grâce à cette édition largement annotée, il sera enfin possible de le découvrir. Toujours chez Matthes & Seitz, maison d’édition berlinoise connue pour son catalogue de grande valeur culturelle, Corpo celeste d’Anna Maria Ortese, dans la traduction de Werner Waas, est sur le point de paraître.
Des classiques aux dernières nouveautés, de la fiction à la non-fiction, la littérature italienne est très vivante en Allemagne. Par souci de concision, cet article a omis plusieurs œuvres d’auteurs et, surtout, d’autrices telles qu’Alba De Céspedes, Sibilla Aleramo, Matilde Serao et Grazia Deledda, qui mériteraient d’être mentionnées. Il appartiendra au lecteur de les découvrir dans les rayons.
Je remercie Walter Kögler de m’avoir fourni une liste de livres italiens publiés en allemand en 2024 et 2025, ainsi que Katharina List pour ses nombreuses suggestions utiles.