Entretien avec Daniela Di Sora, fondatrice et directrice des éditions Voland
Auteur: Laura Pugno
La série d’entretiens de newitalianbooks avec les responsables des maisons d’édition italiennes se poursuit dans cet épisode avec Daniela Di Sora, fondatrice et directrice des éditions Voland.
Comment décririez-vous l’identité de Voland aux lecteurs et lectrices de newitalianbooks à l’étranger ? Quelles sont ses caractéristiques et ses points forts ?
Chez Voland, nous essayons de publier les livres que nous aimons, qui nous touchent et que nous estimons d’une certaine manière nécessaires. Par la force des choses, notre sélection est impitoyable : par choix, nous ne publions que 24 à 25 titres par an, dont à peine 4 ou 5 d’auteurs italiens ; les autres sont des traductions, souvent issues de langues peu « courantes » comme le bulgare, le serbe, le tchèque… mais aussi le portugais, l’espagnol, le français, l’allemand…
Avant de décider de fonder une maison d’édition – il y a désormais plus de trente ans –, j’étais (et je suis toujours) une lectrice assidue, exigeante, qui aime les histoires qui sortent de l’ordinaire, et la langue doit elle aussi sortir de l’ordinaire, être un peu déconcertante, exiger un minimum d’effort. C’est pourquoi nous faisons toujours appel à d’excellents traducteurs, comme le professeur Bruno Mazzoni, à qui nous devons la découverte d’un auteur immense comme Mircea Cărtărescu et de mon très cher Matei Vișniec, romancier, poète et dramaturge roumain naturalisé français à l’imagination sans limites.
Je crois (et j’espère) en outre que nos livres se présentent également sous un aspect « esthétique » soigné : les choix graphiques de base ont été faits il y a des années par un graphiste exceptionnel, associé de la maison d’édition et mon compagnon, Alberto Lecaldano, qui a décidé du type de papier, des reliures cousues, des rabats, de la police typographique. Des choix qui sont encore aujourd’hui soutenus par un graphiste professionnel très sensible et compétent, Francesco Sanesi.
En bref : nous faisons tout notre possible pour que nos livres soient de qualité et bien conçus.
Et s’ils exigent un peu d’engagement de la part du lecteur… je pense et j’espère qu’ils offrent des visions du monde qui sortent de l’ordinaire.
Quels paris, littéraires ou non, ont le mieux fonctionné en Italie et éventuellement dans d’autres pays, et selon toi, pourquoi ?
En ce qui concerne Voland, les paris qui ont le mieux fonctionné sont sans aucun doute Amélie Nothomb et Georgi Gospodinov.
Pour Nothomb, la raison est évidente : une autrice extraordinaire, connue et aimée dans le monde entier, qui nous raconte chaque année, à un rythme régulier, des histoires fascinantes et surprenantes, et qui a réussi à établir un rendez-vous annuel avec ses lecteurs italiens, rendez-vous qu’elle respecte à la lettre… et qui plus est, elle reste fidèle à une petite maison d’édition indépendante !
Et c’est justement pour Amélie que nous nous sommes lancées dans une véritable folie : ses derniers livres, à partir des Aerostati de 2021, ont tous été traduits par la très talentueuse Federica Di Lella et nous nous sommes convaincues qu’elle est la véritable voix italienne d’Amélie, la seule capable d’en reproduire pleinement l’esprit dans notre langue ; c’est pourquoi nous avons décidé de confier à Federica la retraduction de tous les titres précédents.
Bien sûr, ce n’était pas une décision facile à prendre, ce sera un processus long et aussi coûteux, mais pour Amélie, c’est ça et bien plus encore !
Georgi Gospodinov a été plus difficile à faire connaître et aimer en Italie : nous avons publié son premier livre, Romanzo naturale, en 2007, mais il a fallu près de dix ans pour que l’écrivain bulgare connaisse le succès en Italie, surtout grâce à Fisica della malinconia, un livre plein de fantaisie, d’humour et de grâce, et au Prix Strega Europeo remporté en 2021 avec Cronorifugio. Je suis ravie qu’aujourd’hui, ce formidable auteur bénéficie dans le monde entier de la reconnaissance et des honneurs qu’il mérite.
D’une manière générale, je tiens à dire qu’il est fondamental pour nous de suivre l’ensemble de la production d’un auteur ou d’une autrice, d’en devenir, tant que la logique impitoyable du marché éditorial le permet, la maison d’édition italienne, sans nous limiter à la simple publication ponctuelle d’un seul titre. Il s’agit souvent d’une ambition qui tarde à porter ses fruits, mais nous sommes plutôt têtus et nous insistons jusqu’au bout.
En ce qui concerne les auteurs italiens, je peux seulement dire que, paradoxalement, il est moins facile pour nous, chez Voland, de les imposer, mais nous nous obstinons lorsque nous croyons en un auteur ou une autrice… Je vais citer quelques noms : Valerio Aiolli, qui a figuré à deux reprises parmi les douze finalistes du Prix Strega, la première fois en 2019 avec Nero ananas et la seconde l’année dernière, avec le magnifique Portofino Blues ; Sebastiano Martini, proposé pour l’édition en cours avec Il frastuono del mondo ; Roberta Lepri, invitée à participer au programme de l’Italie en tant qu’invitée d’honneur à la Foire internationale du livre de Guadalajara en 2026, lauréate en 2024 du prix Chianti avec Dna chef et dont l’ouvrage Hai presente Liam Neeson? sera bientôt traduit en serbe ; Ilaria Gaspari, qui a fait ses débuts chez nous en 2015 avec Etica dell’acquario, que nous avons réédité en 2023 en format de poche, et bien d’autres encore… J’adore leur façon de raconter des histoires extraordinaires, et je croise les doigts. Pour eux et pour nous, chez Voland. Mais bien sûr aussi pour ceux qui aiment lire de belles histoires.