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Le livre italien dans le monde

Approfondissements

La Comédie de Dante en arabe

Auteur: Ida Zilio Grandi (Università di Ca’ Foscari, Venezia – Istituto Italiano di Cultura di Abu Dhabi)

25/05/2020

La Comédie de Dante en arabe

L’histoire de la Divine Comédie en arabe commence en 1911, quand un commerçant juif de Trieste, Marco Besso (mort en 1920) commanda une traduction du début du chant XI du Purgatoire pour compléter sa collection de ce passage dans toutes les langues. Quelques années plus tard en 1919, l’orientaliste espagnol Miguel Asín Palacios publia un article intitulé « La escatología musulmana en la Divina Comedia » (« l’eschatologie mulsulmane dans la Divine Comédie »), dans lequel il faisait l’hypothèse d’une origine arabo-espagnole du « monument » de Dante. Cette hypothèse passionna certains intellectuels promoteurs du renouveau de la culture arabe, souvent chrétiens comme le syrien Qustaki al-Himsi (mort en 1941), et lança les études sur Dante dans le monde arab-musulman. 

La première traduction de la Comédie, en prose simplifiée, parut à Tripoli entre 1930 et 1933, commise par un employé du gouvernement italien en Lybie, le chrétien maronite ‘Abbud Abu Rachid (mort en 1955). Una tentative partielle – l’Enfer – fut publiée quelques années plus tard (1938) par Amin Abu Shar’, un arabe chrétien de Jérusalem.

La première traduction complète et d’une indéniable valeur littéraire fut publiée au Caire entre 1959 et 1969 sous le titre Al-Kumidya al-ilahiyya. Le traducteur, l’égyptien Hasan ‘Uthman (mort en 1953) avait suivi des cours de perfectionnement en littérature italienne à la faculté des langues du Caire, puis à Pérouse et enfin à Rome, à la Sapienza où il fréquenta les enseignements des deux pionniers de l’orientalisme italien, Carlo Alfonso Nallino et Ettore Rossi. Les trois volumes de sa traduction, fidèle à l’originale et rédigée dans une prose élégante, attentive à la sonorité et surtout au rythme des paroles comme le veut la tradition littéraire arabe, sont enrichis d’un apparat substantiel d’introductions, de résumés analytiques et d’appendices circonstanciés sur le monde de Dante et les nombreux personnages que le poète rencontra durant son voyage. 

Toutes les traductions en arabe de la Comédie doivent se mesurer à la difficulté de rendre acceptables les positions théologiques de Dante aux lecteurs de foi musulmane. Ce fait est particulièrement perceptible dans l’excellente traduction d’Hasan ‘Uthman, musulman s’adressant à des musulmans. ‘Uthman s’évertue continuellement à mettre en lumière les parallèles en l’œuvre de Dante et les textes théologiques islamiques. Il omet le nom de Saladin dans les Limbes (Inf. IV) et passe outre la partie de l’Enfer (XXVIII) où le prophète de l’Islam et son cousin et gendre ‘Ali ibn Abi Talib apparaissent parmi les damnés. Dans les notes, la traducteur s’explique : « J’ai éliminé de ce chant, selon moi inapproprié à la traduction, les vers dans lesquels Dante commet une énorme erreur influencé par l’opinion commune de son époque ». 

La plus récente traduction complète de la Comédie est parue au début du XXIème siècle. Elle est due au poète et universitaire français d’origine irakienne Kadhim Jihad Hassan (né en 1955). Cette traduction (Al-Kumidya al-ilahiyya, Arab Institute for Research and Publishing/ Éditions UNESCO, 2003) maintient l’intégralité du passage de l’Enfer, mais remplace le nom du Prophète par des points de suspension et le nom d’’Ali par l’expression « le fils de mon oncle », « mon cousin ». Cette traduction est téléchargeable ici.

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