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8 juillet 2026

Entretien avec Daniele Di Gennaro, fondateur et éditeur de la maison d’édition minimum fax

Auteur: Laura Pugno

Entretien avec Daniele Di Gennaro,  fondateur et éditeur de la maison d’édition minimum fax

Comment décrirais-tu l’identité de la maison d’édition minimum fax aux lecteurs et lectrices de newitalianbooks à l’étranger ? Quelles sont ses caractéristiques et ses points forts ? Quels paris, littéraires ou non, ont le mieux fonctionné en Italie et éventuellement dans d’autres pays, et selon toi, pourquoi ?

 

minimum fax a vu le jour en 1994 avec les livres de la collection filigrana consacrés à la théorie de l’écriture. Les témoignages et les entretiens avec les auteurs sur leur métier nous ont toujours accompagnés depuis lors, y compris dans les autres collections consacrées à d’autres arts comme la musique et le cinéma. Les motivations personnelles des auteurs nous intéressent car elles ajoutent une dimension narrative supplémentaire qui décrit les motivations sociales et psychologiques qui nourrissent leur imagination et, par conséquent, leur art.

La collection sotterranei a poursuivi cette voie en se concentrant, dans sa recherche de littérature étrangère principalement anglo-américaine, sur les innovateurs qui ont marqué profondément la seconde moitié du XXe siècle. La retraduction de l’œuvre complète de Raymond Carver, ainsi que les livres de William T. Vollmann, Aimee Bender, Nick Pizzolatto, Chris Offutt, Rick Moody, Colson Whitehead, Jonathan Lethem, Aimee Bender, Shelley Jackson, ou encore les premières traductions hors des États-Unis de David Foster Wallace ont donné naissance à une communauté de lecteurs attentifs et fidèles.

Des enfants aux pères : minimum classics propose des extraits des œuvres de John Barth, Bernard Malamud, Richard Yates, Flannery O’Connor, puis d’Annie Proulx, Francis Scott Fitzgerald, ainsi que de Giovanni Arpino, Luciano Bianciardi, Cesare Garboli, Nadia Fusini, Grazia Cherchi, qui ont suscité un vif intérêt tant chez les lecteurs que chez les écrivains eux-mêmes, qui ont reconnu envers ces auteurs et autrices une grande dette intellectuelle.

Dans le parcours de la collection de fiction italienne nichel, on a découvert des voix importantes comme celles de Valeria Parrella, Nicola Lagioia, Paolo Cognetti, Giorgio Vasta, Giordano Meacci, Fabio Stassi, Carola Susani, Tommaso Giartosio, Veronica Galletta, jusqu’au lauréat du prix Campiello 2020, Remo Rapino, dans une démarche qui accorde une grande importance au soin apporté à la langue et à l’aspect émotionnel de l’écriture elle-même.

Le parcours des livres d’enquête de la collection indi, composé d’essais et de reportages narratifs engagés, a permis d’exprimer une vision du monde et un regard critique sur la contemporanéité. Parmi tant d’autres, dans les livres de Tomaso Montanari, Raffaele Alberto Ventura, Stefano Liberti, Angela Davis, Gianni Minà, Gianni Mura, Antonio Talia, Mark Fisher, Corrado De Rosa, Sarah Jaffe, Sofia Torre, Giusi Palomba, Luigi Manconi, Francisco Cantù, lauréats du prix Pulitzer du journalisme, on comprend clairement l’idée progressiste qui anime notre groupe de réflexion.

Nos collections de musique, cinéma, télévision (SuperTele) et de romans graphiques (Cosmica) expriment cette recherche de récits et d’écrits capables de décoder la transformation des langages en cours : un processus déclenché par un sentiment social (ce que Raffaele La Capria appelait le « sens commun ») selon lequel on refuse de subir passivement un canon préexistant, et on force donc une langue pour en créer une autre. Une sorte de mouvement libérateur ressenti comme tel tant par les auteurs que par les lecteurs.

Plus que de « fonctionner », une maison d’édition donne tout son sens à sa recherche et à ses propositions éditoriales en construisant une relation continue d’écoute, d’échange et d’apprentissage, en nourrissant sans cesse des relations humaines avec des gens qui en savent plus que nous sur tel auteur, tel sujet, telle réalité. En fait, notre travail consiste en une immense activité relationnelle où l’accueil des stimuli venant de l’extérieur, des lecteurs, des traducteurs, des écrivains, des libraires, rend nos journées précieuses. Un éditeur qui se présente comme omniscient est en fait un escroc. Cette attitude d’ouverture pourrait vraiment être un élément qui génère la force d’une marque éditoriale.

Les paris littéraires : sur plus de mille trois cents titres, on ne peut pas donner une réponse concise. Chaque livre est en soi un acte de foi dans les relations vertueuses qu’un livre que nous estimons beau peut générer. Pêcher dans le tas : avoir été les premiers à croire à la traduction de David Foster Wallace, ou à William Volmann (qui est arrivé grâce à l’arrivée de mon associé Luca Briasco à la maison d’édition), ou à la narration métissée de Remo Rapino, ce sont des paris qu’on aurait pris de toute façon. Pour nous, le « succès » se situe toujours à mi-chemin entre la rencontre avec le plus grand nombre de lecteurs possible et la forte signification que revêtent certains auteurs de notre catalogue, pour eux-mêmes et dans leur relation aux autres (David Foster Wallace et William T. Vollmann ensemble, dans le même catalogue éditorial, comptent beaucoup pour nous, et en disent long sur notre travail au-delà de leurs œuvres).

 

Entretien avec Daniele Di Gennaro,  fondateur et éditeur de la maison d’édition minimum fax
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