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ApprofondissementsEn traduction

L’Enfer de Dante traduit et mis en image par Tom Philipps

Auteur: Alberto Casadei, Università di Pisa

30/06/2020

L’Enfer de Dante traduit et mis en image par Tom Philipps

La traduction de l’Enfer de Dante par l’artiste anglais Tom Phillips (1937) compte parmi les plus remarquables et singulières de tout le XXème siècle. La première édition (The Divine Comedy of Dante Alighieri. Inferno. A Verse Translation by Tom Phillips with Images and Commentary) a été tirée à 180 copies chez Talfourd Press de Londres en 1983 ; une version économique (avec notes de commentaire) est parue à New York en 1985 sous le titre Dante’s « Inferno », traduite et illustrée par Tom Phillips, Thames and Hudson. L’originalité de cette édition tient dans le fait que l’artiste, après avoir étudié pendant des années l’œuvre de Dante, a décidé d’en proposer une traduction personnelle assortie de 138 illustrations (2 pour l’introduction et 4 par chant) sur lesquelles il donne par la suite des explications approfondies dans l’apparat final : Iconographical notes and commentary on the illustrations (p. 281-311 de l’édition de 1985 à laquelle on fait référence). Philipps appartient à l’âge d’or du pop art anglo-saxon et l’on remarque sans mal dans ses illustrations les traits caractéristiques du postmodernisme comme des clins d’œil à des œuvres célèbres, à des objets culte ou à des icônes de la « société de masse » etc. Certes Philipps a déjà travaillé à de nombreux livres d’artiste, dont il est possible de se faire une idée son site, et ses interprétations se distinguent par la précision de leur préparation et l’originalité des solutions qu’il adopte. Mais ici Philipps s’est donné pour but de réaliser un commentaire visuel de la Divina Commedia qu’il représente comme une « maison de la Mémoire » (« House of Memory ») ou, si l’on veut, comme un extraordinaire répertoire de caractéristiques humaines intemporelles valables aussi bien pour l’époque de la rédaction de l’œuvre que dans le temps long de l’Histoire. Nouvel interprète, Philipps entend proposer sa vision aux hommes actuels car, selon l’expression bien connue du critique Charles S. Singleton, Dante-Everyman en est le protagoniste (p. 283-285). Dans le cadre de cette note, nous donnons au moins quelques exemples du travail de Philipps (pour aller plus loin : voir Kerstin F. M. Blum, Im Anfang war das WortTom Phillips illustrativ-poetische Dante-Rezeption, Bamberg, University of Bamberg Press, 2016; Alberto Casadei, Dante. Storia avventurosa della Divina commedia della selva oscura alla realtà aumentata, Milano, Il Saggiatore, 2020).

La traduction anglaise est limpide et très fluide, elle repose très souvent sur une étude attentive de la bibliographie critique. Le rapport entre le texte et les images correspondantes – qui ont une dimension exemplaire et évocatrice – est toujours très significatif. Par exemple, la célèbre prophétie du Vautre (chant I, vers 100 et suiv.) est traduite ainsi : “until the Hound / shall come to bring her [la lupa] down in agony. He shall not feed on land and property, / but wisdom rather, love and moral strength…” (p. 12). Mais ce mystérieux chien, à la fois chasseur et sauveur, est illustré en reprenant les codes de l’icône de la compagnie d’autocar américaine Greyhound (un lévrier de course que l’on peut voir sur leur site : www.greyhound.com). L’idée de fond est bien traduite dans l’illustration de la page 15, parce que le Vautre a été représenté dans quatre images retravaillées : chacune d’elle illustre un des quatre sens des Saintes Écritures (même, en théorie, des quatre sens de la Divine Comédie), littéral, allégorique, moral et anagogique. Le texte et les illustrations se mélangent avec une efficacité remarquable et une grande dimension didactique. 

 

Les autres rapprochements sont beaucoup plus libres, par exemple dans le cas du Chant V, celui de Francesca da Rimini. La traduction des célèbres vers avec l’anaphore de « Amor » (100-107), dans ce cas, a été très soignée, jusqu’à reproduire des figures rhétoriques complexes : « Amor, ch’a nullo amato amar perdona » (v. 103) a été traduit : « Love that releases none, if loved, from love » (p. 44), en maintenant le polyptote (même si Tom Phillips adopte une syntaxe plus simple). Dans ce cas aussi, le rapport avec l’illustration est fondamental (p. 47) : il évoque à nouveau le destin tragique de Francesca et de son amant Paolo Malatesta en travaillant sur les silhouettes d’Adam et Ève chassés du Paradis Terrestre, d’après la représentation de Michel Ange sur la voûte de la chapelle Sixtine (ce choix est bien expliqué en note p. 288 et suiv.). 

Dans de très nombreux cas, la traduction est accompagnée par des images uniques, parfois grotesques, voire comiques : au chant XXXI, celui des géants (p. 253), on voit un King-Kong prêt à détruire la moderne New York avec tous ses gratte-ciels, alors qu’au premier plan, on remarque les tours de la cité médiévale de San Gimignano (voir note p. 307). Les portraits de Dante ont été réélaborés d’une manière très fine (en couverture et en contre-frontispice, p. 2) à la manière de la célèbre fresque de Luca Signorelli dans la chapelle San Brizio d’Orvieto (ca. 1499-1502). Toutefois, Phillips l’a enrichi avec de nouveaux objets symboliques et allégoriques. 

Comme on peut l’entrevoir à partir de ces quelques références, il s’agit d’une œuvre de très grande valeur, qui mérite de retenir l’attention des célébrations « dantesques » de l’année 2021. Certaines des illustrations originales de Phillips sont conservées à la Tate Modern Gallery de Londres. De nombreuses reproductions sont proposées sur son site, à travers le lien indiqué. 

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